Oubliez les reels de 15 secondes qui rendent épileptique. Avec le film de trente minutes « WASHED » sorti en 2025, le réalisateur Wade Carroll et le team Quiksilver ramènent le surf à son essence. Fruit de deux années de tournage intensif, ce projet est un acte de défiance face à la consommation rapide des réseaux sociaux. C’est un manifeste culturel, hanté par l’esprit punk et drivé par la performance pure, qui prouve que la board culture n’est pas qu’une ligne de code dans un flux d’actualité.
La bombe punk de 30 minutes
Plutôt que de céder à l’urgence de publier, Quiksilver a fait le choix de la patience, laissant reposer ses rushs loin de la frénésie des réseaux.
Trente-quatre caméramans autour du globe ont empilé les disques durs pour créer ce qu’ils appellent un « Hard Drive Cleanse ». Visuellement, la direction artistique est une claque anti-algorithme assumée. Le Studio NICK de Long Beach et l’illustrateur Brian Butler ont balancé des textures argentiques et une esthétique fanzine des années 80, à des années-lumière du contenu corporate sur-produit.
Dès l’intro, le ton est donné : la vidéo s’ouvre sur la fameuse tirade de Peter Fonda dans The Wild Angels (« We wanna be free! »), qui lance le morceau In ‘n’ Out of Grace de Mudhoney. La bande-son suit cette trajectoire furieuse, plongeant d’emblée dans une ambiance purement grunge, portée par les riffs lourds du groupe de Seattle et les guitares saturées de J Mascis.
All-in sur le casting
« WASHED” abandonne le style des surfs movies actuels pour ramener un format qui a fait les heures de gloire des années 90 : la structure en sections individuelles. On ne suit plus une destination, on dissèque l’état d’esprit et le style d’un rider.

D’un côté, l’élite du Championship Tour (CT) se lâche. Griffin Colapinto, libéré du jugement rigide de la WSL, déploie une spontanéité créative hallucinante. À ses côtés, Kanoa Igarashi signe sa première vraie section de free-surf depuis des années, prouvant que son approche technique reste super efficace en dehors des heats.
De l’autre, les purs free-surfeurs prennent le relais. Mikey Wright envoie des carves puissants avec son asym Ryan Burch « Pickle Fork » et un air monumental à Lakey Peak. Enfin, pour clôturer la vidéo, la part de Kael Walsh nous montre un surf ultra engagé, tant sur ses drops de gros slabs irlandais que dans ses rotations aériennes en Australie-Occidentale.
Le film trouve aussi son équilibre grâce aux parts de Kauli Vaast et Marco Mignot. Entre le champion olympique fraîchement arrivé sur le CT et le Rookie of the Year, l’engagement est total et le surf ultra solide. De son côté, l’Australien Lungi Slabb ramène tout à l’essentiel : un surf pur et ancré sur le rail.
La conclusion brutale d’une trilogie
WASHED ne sort pas de nulle part : c’est le chapitre final d’une trilogie amorcée en 2022 avec l’ambiance lo-fi de Saturn, suivie des trips de Repeater l’année suivante. Avec ce dernier opus, la boucle est bouclée. Le réalisateur a lâché le décor pour ne garder que la transe : l’obsession de la courbe, l’engagement, et l’énergie d’un surf qui se suffit à lui-même.



